Session 2018 - 2019

INSTITUT DU CHAMP FREUDIEN 
SOUS LES AUSPICES DU DÉPARTEMENT DE PSYCHANALYSE
UNIVERSITÉ DE PARIS VIII

LA SECTION CLINIQUE DE CLERMONT-FERRAND

 propose pour la Session 2018 - 2019 le thème

« USAGES DE LA PAROLE »

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Quelle valeur peut-on donner à la parole ? Quelle valeur peut-on lui donner dans une époque où la prolifération des déclarations et des images nous parvenant en temps réel confronte chacun d’entre nous à la confusion des langues ? Quelle valeur peut-on lui donner lorsque la confiance que nous accordons à ceux qui nous représentent et qui doivent trouver les mots pour nous orienter dans un monde en crise se dévalue de façon inquiétante faisant le lit des discours les plus extrêmes entre totalitarisme et populisme ? Quelle valeur lui accorder lorsque le discours de la science, en ce qui concerne l’humain, délaisse sa parole pour le réduire à un ensemble de chiffres signant son destin, ou préfère l’inscrire dans l’indistinct des populations pour prédire et contrôler ses comportements ? Quelle valeur lui accorder quand cette parole doit se conformer à une langue technocratique, à une pensée unique à laquelle chacun doit consentir, puisqu’elle vise à nous permettre atteindre enfin notre bonheur ? Quelle valeur lui donner, si ce n’est qu’un mirage nous voilant les innombrables opérations se déroulant dans notre cerveau qui rendent compte des choix qui s’opèrent à notre insu ? Il nous faudrait alors apprendre à parler cerveau comme nous le propose un professeur de neurologie avec l’aide d’une grande station d’information.

C’est le rapport de la parole à la vérité, ainsi qu’au réel, qui se trouve profondément remis en cause dans ce monde où l’errance s’impose aussi bien dans nos têtes que dans le réel. Le rapport de la parole à la vérité et au réel, détaché pour une part de son lien à la parole divine a trouvé ses lettres de raison dans la philosophie des lumières et dans la croyance aux vertus de la science. Il s’est traduit dans la création d’une culture se fondant sur la liberté et la raison. Cet ancien monde, dans lequel nous puisons encore certains de nos repères, s’est effondré par deux fois dans l’horreur des guerres, lors de la première moitié du siècle dernier.

C’est au début de ce siècle que Freud, sur leurs conseils, redonne la parole aux hystériques pour entendre de leur bouche la vérité que recèle leur symptôme. Alors que la cause du symptôme ne peut se dire d’être refoulée, il invente, en se rendant disponible à leurs dits un dialogue inédit où peut se dire l’impossible auquel elles ont été confrontées. C’est ainsi en prenant en compte ce qui ne peut se dire dans la parole, mais qui s’inscrit dans leurs corps, dans leurs pensées et dans leurs comportements, qu’une autre parole peut émerger en restaurant le lien au réel et à la vérité. La question se pose alors de cerner quel est l’usage de la parole de celui qui ne se réduit pas à n’être qu’une oreille, l’analyste ?

La psychanalyse a donc permis l’émergence d’une parole nouvelle, inédite ouvrant l’accès de chacun aux profondeurs supposées de son être. Freud se rendra compte toutefois que la libération de cette parole ne suffisait pas à contenir les manifestations du symptôme. La question se posera alors de l’usage que l’analyste peut faire de la parole, en interrogeant ce qui peut faire interprétation.

C’est pour répondre hâtivement à ce problème que nombre des élèves de Freud se sont détournés des usages de la parole pour tenter d’atteindre l’authenticité de l’être à travers ses actes, ses gestes, ses affects et les miasmes de son corps.

Dans la période de reconstruction des démocraties qui succède à la seconde guerre mondiale et à l’horreur des camps de concentration, Jacques Lacan, dans un discours à Rome, en 1953, redonne toute sa valeur à la parole dans l’expérience analytique en faisant retour à Freud. S’appuyant sur la linguistique et sur l’anthropologie structurale, il fait valoir un renouveau de la parole se fondant sur l’efficacité du symbolique. Il donne les lignes de force de cette construction en nouant parole et langage : « L’inconscient est structuré comme un langage ». Creusant cette veine, il fait d’abord valoir l’histoire et le sens, puis l’articulation signifiante qui produit ou retient le sens, avant de s’orienter à partir du désir qui s’engendre de la fuite du sens qui court dans les dessous de la chaîne signifiante. Ce parcours, qui fait valoir la distinction entre parole pleine et parole vide, qui déplie l’espace de la parole entre besoin, désir et demande, qui peut élever une parole à la dignité de l’acte, qui noue le désir à la loi, a servi de boussole à toute une génération en restaurant les pouvoirs de la parole au moment même où la parole de l’analyste pouvait se réduire au silence de se confronter à la détresse sans parole, qui anime l’existence de celui qui a décidé de faire l’épreuve de l’association libre.

C’est en ne cédant pas sur l’impossible que recèle chaque fin de cure, c’est en ne reculant pas devant la psychose, que Lacan peut prendre acte de ce qui s’impose de l’expérience : la parole n’est pas seulement ce qui interdit l’excès de la jouissance, elle est elle-même moyen de jouissance et les ravages de la parole peuvent contaminer toute une existence. C’est du fait que l’être humain parle, c’est du fait qu’il ne peut aborder le réel qu’à partir du langage que l’être humain est de toute façon confronté, frappé par le traumatisme. Ce qui donne raison des rapports du parlêtre à la parole, ce n’est pas la vérité, ce n’est pas la réalité, c’est la satisfaction qu’elle soit bonne ou mauvaise.

Si les pouvoirs de la parole semblent s’être dilués dans ses ravages, si le parlêtre est plus parlé qu’il ne parle, s’il peut être la cause de son malheur, Lacan ne cède pas sur un point : c’est dans le rapport à la parole que réside le cœur de sa liberté. L’expérience analytique doit alors trouver, inventer, faire émerger de nouveaux usages de la parole qui permettent à celui qui la met en jeu dans l’expérience analytique, de pouvoir à nouveau être créateur de son existence sans faire l’impasse sur l’exigence du vivant qui ne cesse de faire valoir ses droits.

Ce sont ces nouveaux usages de la parole que la fin de la cure interroge. Comment le corps du parlêtre peut-il être touché par l’irruption de la parole ? Comment l’inconscient peut-il être équivalent au corps parlant ? Mais aussi que nous enseignent les sujets autistes lorsqu’une parole inédite se fait jour dans le dialogue qui peut s’instaurer dans la rencontre avec un analyste ? Comment soutenir une parole qui puisse faire limite pour les parlêtres qui n’ont le soutien « d’aucun discours établi » ?

Ce sont ces questions que nous explorerons avec vous lors de cette cession, en faisant le pari qu’ils pourront essaimer bien au-delà de notre communauté.
 

Au programme :

  • séminaire théorique, séminaire pratique, présentations de malade, enseignement des présentations de malades, séminaire de recherche

en savoir plus :

- pour l'inscription, ici

- la brochure d'information, ici 

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Direction

Jacques-Alain Miller

Coordinateur
Jean-Robert Rabanel

Enseignements
Michèle Astier, Philippe Bouret, Jean-François Cottes,
Hervé Damase, Valentine Dechambre, Christian Fontvieille, Françoise Héraud, Michel Héraud,
Jacques Lacourt, Jean-Robert Rabanel, Simone Rabanel,
Jean-Pierre Rouillon, Claudine Valette-Damase, Alain Vivier

 

 

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